Droit commercial

Bail commercial au Maroc (loi 49-16) : droit au bail, renouvellement et indemnité d’éviction

Cabinet OULD SOUILEM Mohamed Amine · Avocat au barreau de Casablanca · Mis à jour le · 4 min de lecture

Pour un commerçant, le local est souvent l’élément le plus précieux du fonds de commerce. La loi n° 49-16 relative aux baux des immeubles ou des locaux loués à usage commercial, industriel ou artisanal a refondu en 2016 un régime hérité de 1955. Bailleurs et locataires y trouvent des règles plus prévisibles, à condition de les connaître avant le premier litige.

Champ d’application et entrée en vigueur

Publiée au Bulletin officiel n° 6490 du 11 août 2016, la loi est entrée en vigueur le 11 février 2017. Elle s’applique aux baux en cours et aux procédures pendantes à cette date, et abroge le dahir de 1955 ainsi que l’article 112 du Code de commerce.

Elle couvre notamment les locaux du domaine privé de l’État, les locaux loués par des personnes publiques, les établissements d’enseignement, les cliniques et les laboratoires pharmaceutiques. En sont exclus, en particulier, les locaux des centres commerciaux sous une même enseigne, certains locaux affectés à des investissements publics industriels ou informatiques, et les baux emphytéotiques.

Un contrat écrit et un état des lieux

Le bail doit être écrit, avoir une date certaine et être signé par toutes les parties. Un état des lieux est dressé à l’entrée. Le loyer et les charges sont librement fixés ; à défaut de stipulation, une charge est présumée comprise dans le loyer. La révision du loyer relève, elle, d’un régime distinct (loi n° 07-03).

Le droit au renouvellement : le cœur du « droit au bail »

Le locataire acquiert le droit au renouvellement après deux années de jouissance consécutives. Cette condition de durée ne s’applique pas lorsqu’il a versé un pas-de-porte (sommes payées pour obtenir le droit au bail), qui doit être constaté dans le bail ou par un écrit séparé. Les sommes payées au bailleur pour des services de promotion ne constituent pas un pas-de-porte.

C’est ce droit au renouvellement qui donne sa valeur au « droit au bail » : un bailleur qui refuse le renouvellement sans motif légitime doit indemniser le locataire.

L’indemnité d’éviction : comment est-elle calculée ?

L’indemnité d’éviction répare le préjudice réel subi par le locataire. Elle comprend :

  • la valeur marchande du fonds de commerce, déterminée à partir des déclarations fiscales des quatre dernières années ;
  • les dépenses d’aménagement et de réparation ;
  • la perte des éléments du fonds ;
  • les frais de changement de domiciliation.

Lorsqu’un pas-de-porte a été versé, l’indemnité ne peut être inférieure à son montant. Conseil pratique : des déclarations fiscales sous-évaluées se retournent contre le locataire au moment de chiffrer son éviction.

Les cas d’éviction sans indemnité

L’article 8 prive le locataire de toute indemnité notamment lorsque :

  • il ne paie pas le loyer dans les 15 jours suivant la mise en demeure du bailleur ;
  • il change l’activité exercée sans autorisation ;
  • il sous-loue en violation du contrat ;
  • il cesse son activité pendant plus de deux ans, entraînant la perte de la clientèle et de l’achalandage.

Démolition, reconstruction et droit de retour

Le bailleur peut récupérer le local pour le démolir et le reconstruire. Il doit alors verser une indemnité égale à trois années de loyer, et le locataire bénéficie d’un droit de retour dans les nouveaux locaux. Les travaux doivent commencer dans les deux mois suivant l’éviction ; à défaut, le bailleur doit l’indemnité d’éviction complète.

Impayés, abandon des lieux et procédure

  • Si le bail contient une clause résolutoire et que le locataire cumule trois mois de loyers impayés après une mise en demeure, le bailleur peut obtenir son expulsion en référé, sans indemnité.
  • En cas d’abandon des lieux et d’arrêt des paiements pendant plus de six mois, le président du tribunal peut constater la résiliation et autoriser la reprise du local.

À noter : depuis le nouveau Code de procédure civile (loi 58-25), le pourvoi en cassation est fermé pour les litiges de recouvrement des loyers, des charges et de révision du loyer, quel qu’en soit le montant (article 375).

Cession du droit au bail et extension d’activité

Le locataire peut céder son droit au bail, avec ou sans l’accord du bailleur. La cession doit toutefois lui être notifiée pour lui être opposable. Le bailleur dispose d’un droit de préemption, qu’il exerce en payant ou en consignant le prix convenu dans les 30 jours de la notification. Le locataire peut par ailleurs ajouter des activités connexes compatibles avec la destination et la sécurité de l’immeuble.

Questions fréquentes

Au bout de combien de temps un locataire commercial a-t-il droit au renouvellement ?

Après deux années de jouissance consécutives, ou immédiatement s’il a versé un pas-de-porte constaté par écrit.

Comment se calcule l’indemnité d’éviction au Maroc ?

Elle répare le préjudice réel : valeur du fonds de commerce établie sur les déclarations fiscales des quatre dernières années, frais d’aménagement, perte d’éléments du fonds et frais de changement de domiciliation.

Un bailleur peut-il expulser un commerçant pour impayés ?

Oui, sans indemnité, si le loyer n’est pas payé dans les 15 jours d’une mise en demeure (article 8), ou en référé si une clause résolutoire existe et que trois mois de loyers sont impayés.

Le locataire peut-il vendre son droit au bail ?

Oui, mais la cession doit être notifiée au bailleur, qui peut exercer un droit de préemption dans les 30 jours.

Textes de référence

  • Loi n° 49-16 relative aux baux des immeubles ou des locaux loués à usage commercial, industriel ou artisanal, Bulletin officiel n° 6490 du 11 août 2016
  • Loi n° 58-25 relative à la procédure civile, article 375