Droit social

Droit social au Maroc : CNSS, AMO, accidents du travail et droit de grève

Cabinet OULD SOUILEM Mohamed Amine · Avocat au barreau de Casablanca · Mis à jour le · 3 min de lecture

Au-delà du contrat de travail, le droit social englobe la protection sociale des salariés et les relations collectives au sein de l’entreprise. Le Maroc a profondément réformé ces deux volets : généralisation de la protection sociale d’un côté, adoption de la loi organique sur la grève de l’autre. Pour l’employeur, ce sont autant d’obligations ; pour le salarié, autant de droits à faire valoir.

CNSS : l’affiliation est une obligation de l’employeur

L’employeur doit s’affilier à la Caisse nationale de sécurité sociale et y déclarer chacun de ses salariés, sur la base de leur rémunération réelle. Les cotisations ouvrent droit aux prestations familiales, aux indemnités journalières (maladie, maternité), à la retraite et à l’assurance maladie obligatoire (AMO), régie par la loi n° 65-00.

L’absence de déclaration ou la sous-déclaration exposent l’entreprise à des majorations, à des redressements et à des actions des salariés privés de leurs droits. Pour le salarié, vérifier régulièrement son relevé de carrière est un réflexe essentiel.

La généralisation de la protection sociale

La loi-cadre n° 09-21 a engagé la généralisation de la couverture sociale à l’ensemble de la population, y compris les travailleurs non salariés. Commerçants, artisans et professions libérales relèvent désormais de régimes spécifiques gérés par la CNSS, avec des obligations d’immatriculation et de cotisation qu’il convient de régulariser.

Accidents du travail et maladies professionnelles

La loi n° 18-12 organise la réparation des accidents du travail. Tout accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail, ou sur le trajet entre le domicile et le lieu de travail, ouvre droit à réparation, sans que le salarié ait à prouver une faute de l’employeur.

  • L’employeur doit être assuré contre ce risque et déclarer l’accident dans les délais légaux.
  • La victime a droit à la prise en charge des soins, à une indemnité journalière pendant l’incapacité temporaire, puis, le cas échéant, à une rente en fonction du taux d’incapacité permanente.
  • En cas de désaccord sur le taux d’incapacité ou l’indemnisation, une conciliation est tentée avant la saisine du tribunal.

Le droit de grève désormais encadré par une loi organique

Prévue par la Constitution depuis des décennies, la loi organique n° 97-15 fixant les conditions et modalités d’exercice du droit de grève a été publiée au Bulletin officiel le 24 mars 2025. Ses principes clés :

  • la grève est une cessation temporaire et collective du travail, totale ou partielle, pour défendre des revendications sociales, économiques ou professionnelles ;
  • elle suppose une notification, une phase de négociation et le respect d’un préavis, dont la durée varie selon le secteur ;
  • dans les secteurs vitaux (santé, transport, énergie, eau, télécommunications…), un service minimum doit être assuré ;
  • l’employeur ne peut ni remplacer les grévistes ni sanctionner une grève licite ; inversement, l’occupation des lieux de travail est interdite ;
  • les manquements sont punis d’amendes de 1 200 à 100 000 dirhams, doublées en cas de récidive.

Représentation du personnel et dialogue social

Délégués des salariés, représentants syndicaux, comité d’entreprise dans les entreprises d’au moins cinquante salariés, comité de sécurité et d’hygiène : ces instances doivent être mises en place et consultées. Leurs membres bénéficient d’une protection contre les sanctions et le licenciement. Les conventions collectives, lorsqu’elles existent, peuvent prévoir des droits plus favorables que la loi.

Ce que nous recommandons

  • Employeurs : auditer régulièrement les déclarations CNSS et l’assurance accidents du travail, organiser les élections professionnelles, préparer un protocole en cas de préavis de grève.
  • Salariés : contrôler votre affiliation et vos déclarations de salaire, déclarer sans délai tout accident, conserver les certificats médicaux.

Pour les questions de contrat, de licenciement et d’indemnités, voir notre article sur le droit du travail.

Questions fréquentes

Mon employeur est-il obligé de me déclarer à la CNSS ?

Oui. L’affiliation de l’entreprise et la déclaration de chaque salarié sur la base de sa rémunération réelle sont obligatoires.

Un accident sur le trajet du travail est-il un accident du travail ?

Oui. La loi 18-12 couvre l’accident survenu sur le trajet entre le domicile et le lieu de travail, sous certaines conditions.

La grève est-elle encadrée par une loi au Maroc ?

Oui, par la loi organique 97-15, publiée au Bulletin officiel le 24 mars 2025, qui impose notamment notification, négociation, préavis et service minimum dans les secteurs vitaux.

L’employeur peut-il remplacer des salariés en grève ?

Non. La loi organique 97-15 interdit le remplacement des grévistes ; elle interdit aussi l’occupation des lieux de travail.

Textes de référence

  • Dahir portant loi n° 1-72-184 relatif au régime de sécurité sociale ; loi n° 65-00 portant code de la couverture médicale de base
  • Loi-cadre n° 09-21 relative à la protection sociale
  • Loi n° 18-12 relative à la réparation des accidents du travail
  • Loi organique n° 97-15 fixant les conditions et modalités d’exercice du droit de grève, Bulletin officiel du 24 mars 2025